03 mai 2000
Petite présentation
Bonjour tout le monde!
J'écris ce blog des années après mon expérience. La raison en est simple, j'avais un site internet qui a récemment été fermé, sûrement par manque d'activité ;) Heureusement j'avais imprimé un peu près tout son contenu, les photos en moins par contre :/
Mon année aux USA s'est réellement déroulée en 2001. Je vais donc tenter de changer les dates de mes posts pour les rendre un minimum cohérents! En espérant que se soit possible de remonter aussi loin dans le temps!
Je "triche" également sur la date de ce post afin qu'il apparaisse en haut de la liste ;)
En réalité il a été posté le 3 février 2009!
NB : par soucis d'anonymat, les noms des personnes que j'ai pu rencontrer durant mon année américaine ont été changés.
20 septembre 2000
Le début de la grande aventure!
Pourquoi une jeune fille de presque 22 ans pourrait prendre la lourde décision de quitter son pays pour une année? C'est la question que tous les gens me connaissant se sont posés durant les quelques mois qui ont précédés mon départ.
Généralement, on effectue ce genre de séjour pour perfectionner sa connaissance d'une langue étrangère. Ça c'était ma réponse aux questions qu'on me posait. Peu de gens ont vraiment su pourquoi je partais en fait. Et en y réfléchissant bien, au moment même où j'écris ces lignes, je pense que peu de gens peuvent prétendre aujourd'hui connaître la vérité. Remarquez bien qu'une fois qu'ils auront lu ce blog, ils en sauront plus, du moins je l'espère.
Le fait est que même moi je ne savais pas pourquoi je souhaitais partir. Au plus profond de moi, il n'y avait qu'un profond ras le bol de tout ce qui m'entourait. J'éprouvais simplement un besoin urgent de changer d'air. J'étais brisée mentalement, physiquement et moralement. J'avais l'impression de me retrouver coincée entre quatre murs et de n'avoir que cette solution pour m'en sortir. Il me fallait de nouveaux horizons.
Situons nous un peu dans mon histoire : Nous sommes en 2000, entre 1996 et 1998, je suis en BTS. Une période d'horreur pour moi, ma charmante classe décide un bizutage à mon encontre qui durera une année entière. Pendant ma seconde année de BTS, j'effectue un stage dans une entreprise abonnée aux plaintes à l'inspection du travail pour harcèlement moral (oui je sais, ça n'existait pas légalement à l'époque, mais puisque désormais ça a un nom, autant l'utiliser .), J'ai un jour le culot de me blesser pendant ce stage et de revenir le lendemain matin avec un plâtre - ambiance -.
Bien entendu, tout le monde m'aide [insérez un smiley ironique]. On me met gentiment une poubelle de bureau pour sur-élever ma jambe et après quelques minutes de réflexion, on décide de supprimer de mes tâches quotidiennes, la distribution interne du courrier qui me faisait traverser l'entreprise entière ainsi que l'usine. Ils sont trop bons . Et puis au bout de quelque jours, on me supprime ma poubelle. C'est vraiment trop inesthétique. Je survis tant bien que mal et je finis mon année de BTS avec ma grand-mère agonisant à l'hôpital. Son enterrement aura d'ailleurs lieu la veille de la publication des résultats.
Passons à 1999. Vous allez me dire, ça ne peut pas être pire . Erreur. Ça l'a été. Je ne rentrerai pas dans les détails, trop personnels, mais en vrac je vous dirais que j'ai été victime d'une prof de l'université d'Amiens qui n'approuvant pas ma validation d'acquis et le fait que j'entre directement en année de licence de langues étrangères appliquées, s'acharnera particulièrement sur moi, et bien entendu sur mes résultats. Sachant que nous n'étions que 5 dans son cours, je vous laisse imaginer le résultat. Il est très simple : je loupe ma licence.
Et là. Là c'est le début de la fin. Pour la première fois de ma vie, je rate un examen. Comprenons nous bien, ma seule façon d'exister dans ma famille, ça a toujours été par mes résultats scolaires. Et là je deviens quoi ? J'ai l'impression de tout perdre, de ne plus rien être. Le « cerveau de la famille » a failli. J'ai l'impression de faire l'objet de la pitié générale. « Oh, tu as toujours tout réussi, il fallait bien que ça s'arrête un jour. », « Tu recommenceras en septembre ».
Parlons en de septembre. Je repasserais effectivement une partie de mes examens. J'arrive même à avoir la moyenne générale. Wow, là je m'épate. Seulement, mes profs en décident autrement. J'ai la moyenne générale, certes, mais je n'obtiens pas les 80% de réussite obligatoire dans tous les modules. Je suis donc vouée à repasser ma licence. On m'autorise néanmoins à composer en année supérieure. Chouette. Sauf que j'ai vraiment craqué à ce moment là et que j'ai refusé tout net de retourner à Amiens. Ma licence, je l'aurai, mais sans eux ! Je me suis donc réinscrite en candidate libre.
Les années que je venais de traverser m'avaient vidée de toute énergie et j'avais besoin de me retrouver, de me reconstruire et cela sans l'aide ou l'influence de quiconque. J'avais beau me tourner de tout côté, je retombais toujours dans le même état, rien n'y faisait. Puisque rien ne pouvait m'aider, ici, il me fallait logiquement aller ailleurs, loin, le plus loin possible pour pouvoir mettre de la distance entre ma réalité, que je ne supportais plus, et moi. Sans vouloir donner dans le mélodrame, prendre la décision de partir aux USA pour une année a été ma lumière au fond du tunnel.
Mais bien entendu, répondre que je partais pour me perfectionner en anglais, c'était tellement plus simple. Ça coupait court à toute discussion. Ça rentrait même dans la logique des choses. Je faisais des études de langues étrangères appliquées. Partir une année à l'étranger dans ce cas ça n'a, après tout, rien de bien exceptionnel.
Pas mal de personnes ont tenté de me décourager. Celles qui s'inquiétaient vraiment pour moi et qui se demandaient dans quel état elles allaient me retrouver et si j'étais assez forte pour survivre à un tel changement. Et les autres. Celles qui n'attendaient qu'une chose : que je change d'avis avant, ou pendant mon année. D'autres encore, qui ont pris ma décision pour un coup de tête et qui ont attendu que je revienne sur Terre, en vain.
Ma décision de partir à été prise en février 2000. Peut-être est-ce dû au changement de millénaire ? On change de millénaire, pourquoi ne pas changer de continent tant qu'on y est ?
Cela faisait plusieurs années que je me renseignais mine de rien sur les séjours à l'étranger. En fait depuis toute gamine, dès que j'ai commencé à étudier l'anglais. J'ai dû harceler tout mes professeurs les uns après les autres pour avoir des informations sur les séjours au-pair ou en immersion totale. Je crois que j'ai épuisé toutes les ressources du CDI de mon collège ou de mon lycée, puis celles du CIO de ma ville. J'ai fait la joie des sociétés organisatrices de tels séjours que je bombardais de demandes d'information en espérant tomber sur la perle rare, l'organisme qui me permettrait de réaliser mon rêve à moindre frais.
C'est pourtant à un moment de ma vie où je pensais que toute cette frénésie appartenait au passé que tout s'est accéléré. C'est à cause d'Internet en fait. Non je ne me cherche pas d'excuse. C'est plutôt grâce à Internet que j'ai trouvé le moyen de partir. Toutes les agences que j'avais pu contacter jusqu'à présent demandaient des frais exorbitants vis à vis de mes revenus d'étudiante que je qualifierais de faméliques.
J'ai commencé à discuter avec une française qui vivait aux USA. Elle était justement jeune fille au-pair à Chicago. Elle m'a rapidement donné toutes les coordonnées pour que je puisse demander un dossier de candidature. Je me suis bien entendu renseignée sur toutes les modalités à suivre, les conditions à remplir, et les frais à couvrir. Ma décision a été vite prise. Et encore aujourd'hui je pense que je dois ma santé morale à cette décision.
J'ai reçu le dossier courant février. La première étape pour moi était de décrocher mon permis de conduire. Avoir ce précieux sésame est obligatoire pour partir aux USA. Je l'ai décroché en mai 2000. En juin j'obtiens les résultats de ma seconde année de licence. On me refuse une nouvelle fois mon diplôme parce que j'ai « oublié » de repasser un examen. Examen que j'avais réussi l'année précédente mais qui composait une partie d'un module que j'avais raté. J'étais donc encore bonne pour le rattrapage de septembre. Durant le mois d'août, j'ai travaillé en tant qu'agent de service hospitalier (femme de ménage en français) dans un service d'un hôpital psychiatrique. Cette expérience m'a profondément changée. J'ai eu l'impression de retourner sur terre. Contre toute attente, cela m'a remis les idées en place. Mais pas assez. En septembre 2000, j'obtenais enfin ma licence. Il ne me restait désormais plus qu'à remplir mon dossier de candidature et de lancer la machine Au Pair In America.
28 septembre 2000
Le dossier est là : youpi!
J'ai mon dossier de candidature en main. La belle affaire. On me demande tout d'abord de prouver que je corresponds effectivement à tous les critères de la parfaite jeune fille au-pair. Ils me font déjà rire les américains . Comment prouver que je ne fume pas ? Ils vont m'analyser les poumons ? Renifler mes vêtements ? Regarder la couleur de mes ongles ? Me faire souffler dans je ne sais quelle machine ?
Bon pour l'âge, je suis pile poil dans la fourchette, j'ai plus de 18 ans et moins de 26 ans. Déjà un point de réglé. J'ai mon permis de conduire depuis quelques mois, je ne fume pas, j'ai un bon niveau d'anglais, mon casier judiciaire est vierge, je suis célibataire et sans enfant, je suis libre pour une année entière, j'ai mon baccalauréat et oui j'aime les enfants.
Une fois que ces critères sont remplis on peut vraiment passer au dossier. Il est constitué d'une part d'un questionnaire où l'on retrace notre vie, notre curriculum et nos motivations en long, en large, et en travers, et bien entendu en anglais. L'autre partie de compose de différents témoignages que nous devons récolter sur notre expérience de garde d'enfants et notre moralité. Le tout en anglais, il va de soit.
Ce qui est bien c'est que dès la seconde page, on nous demande déjà de signer un contrat avec AIFS (American Institute for Foreign Study) disant qu'on accepte toutes leurs conditions.
La plupart des questions me font sourire. On les voit venir avec leurs questions. Elles sont parfois si naïves qu'on se demande comment ils peuvent correctement juger une candidate au départ avec un tel questionnaire. Franchement, quand vous voulez être jeune fille au-pair et qu'on vous demande si vous aimez les enfants . que répondre ? Non en fait je les déteste, j'en mange un tous les matins ...
03 octobre 2000
Remplir le dossier
Le dossier de candidature commence par les renseignements habituels : adresse, nom, date de naissance, nationalité, date de disponibilité . On continue ensuite par l'expérience avec les enfants. On me demande de quantifier mon expérience de garde d'enfants par groupe d'âge. Vient ensuite mon curriculum. C'est la première fois de ma vie que je rédige mon curriculum vitae en anglais. Et j'avoue que j'aime beaucoup ça. Sadique moi ? Non, juste curieuse de la vie et avide de connaissances. Tiens, on me demande quelle est ma religion .
On passe ensuite aux choses intéressantes : classer vos cinq raisons de partir aux USA, à l'exception de l'occasion qui vous est donnée de vous occuper d'enfants (oui bien entendu, c'est ma raison ultime d'y aller ...). Parmi les réponses qui nous sont proposées on trouve : « développement personnel », « rencontrer de nouvelles personnes », « en apprendre plus sur la culture et les traditions américaines », « améliorer son anglais », « voyager », « devenir indépendant », « prendre des cours aux USA », « vivre à l'étranger dans un environnement familial », « gagner de l'argent à l'étranger », « obtenir de l'expérience pour un futur métier », « partager notre culture avec notre famille d'accueil ». Honnêtement, je ne sais même plus ce que j'ai répondu. L'important de toute façon, c'était de convaincre.
On nous met ensuite dans le bain en nous demandant de quelle ville nous souhaitons partir pour les USA. Sympa, notre dossier n'est même pas encore accepté qu'on nous propose déjà de choisir notre ville de départ.
Et zou, on repasse à nos diplômes. Allez expliquer ce qu'est une licence à quelqu'un qui ne connaît pas le système d'éducation français. Après on reste dans la logique des choses avec mon expérience professionnelle. Et on passe à mon expérience en tant que conductrice. Aie . je n'ai pas mon permis depuis bien longtemps donc ça ne va pas m'aider.
Ensuite on commence à bien rire. On me demande si j'ai déjà été arrêtée ou soupçonné d'avoir commis un crime. Uhm . Bah en fait je sors de 5 ans de taule pour braquage. On continue avec une question où on me demande si j'ai déjà été victime d'un viol ou d'attouchements. Là ça m'irrite fortement. Ensuite, on s'inquiète de savoir si je suis en bonne santé, si j'ai des allergies, si je suis un régime particulier, si j'ai été hospitalisée ces douze derniers mois (bah oui comprenez, ils s'en fichent de notre santé ; mais imaginez un peu qu'on retombe malade chez eux !!!). Ah, la question qui tue, « êtes-vous fumeur ? » Personnellement je ne le suis pas, mais j'en connais pas mal qui auraient répondu « non » tout en s'en grillant une.
Retour à la case « expérience de garde d'enfants », on nous demande ici un descriptif exhaustif de nos différentes expériences de garde d'enfants. On précise bien que seules les gardes d'enfants ne faisant pas partie de notre famille seront prises en considération. Ah. Bon. Ils vont nous demander un livret de famille pour vérifier ? Je joue le jeu parce que de toute façon, j'ai gardé assez d'enfants dans ma vie pour décortiquer mon expérience. On me demande de quantifier en heure le temps que j'ai pu passer à les garder. Je dois pouvoir prouver que j'ai une expérience supérieure à 200 heures de baby-sitting.
En marge de ces descriptions, je dois fournir des témoignages des parents à qui j'ai gardé les enfants. Si vous souhaitez tenter l'aventure, accrochez vous bien car le questionnaire destiné aux parents est en anglais. Vous devrez donc le traduire et le remplir vous même par la suite. Les américains semblent nous faire une confiance aveugle à ce niveau. Ou alors ils pensent que tout le monde parle anglais, tout simplement.
Ensuite vient le même genre de questionnaire, mais cette fois-ci sur notre moralité. Nous devons trouve au moins une personne qui accepte de nous servir de « garantie » de notre bonne moralité. Tout cela, bien entendu, en anglais. On nous conseille de faire remplir ce questionnaire par un professeur, un employeur ou un médecin. Ah ... parce qu'un témoignage de la pauvre petite femme de ménage de l'immeuble où l'on vit qui nous connaît depuis des années ne vaut rien ?
A la fin, on nous demande de signer au bout d'une phrase attestant que tous les renseignements qu'on a donné sont corrects et véridiques.
20 octobre 2000
L'entretien de motivation 1/2
Glagla !!!! Ça y est les choses se précipitent, j'ai un entretien !!!
Une fois que le dossier de candidature est fin près, il faut prendre un rendez-vous à Paris pour passer un entretien avec l'agence chargée de recruter les filles au-pair. Le rendez-vous dure une bonne partie de l'après-midi. Ça ne rigole pas on dirait.
Dès que j'obtiens un rendez-vous, la première chose que je fais c'est que j'appelle mon amie qui est revenue de Chicago pour lui demander comment ça s'était passé pour elle. Là surprise, j'apprends que sa famille n'était pas aussi gentille qu'elle me l'avait dit. Elle me renseigne tant bien que mal sur l'entretien et je ne raccroche que lorsque je pense lui avoir posé toutes les questions possibles et imaginables sur cet entretien.
Le jour J, mon père me conduit à Paris. C'est drôle, on dirait qu'il commence vraiment à comprendre que je vais partir. Pendant le trajet, je lis et je relis mon dossier de candidature. Mal m'en prend parce que je suis rapidement prise de nausées. Ça commence bien.
Nous arrivons sur place peu avant midi. Nous déjeunons et prenons un métro en direction du 9ème arrondissement, là où on va décortiquer mon dossier et où la décision sur mon hypothétique voyage va être prise. Je suis derrière la porte pile à l'heure. Je sonne et personne ne répond. Panique. M'a-t-on oubliée ? Suis-je à la bonne adresse ? Est-ce que j'ai bien noté l'heure du rendez-vous ? Est-ce que l'agence existe toujours ? (je suis une personne très optimiste, je suis certaine que vous avez commencé à me cerner).
Au bout d'un bon quart d'heure d'attente, des pas se font entendre dans l'escalier en colimaçon tapissé d'un tapis rouge usé par le temps. La personne qui va me passer à la moulinette arrive. Mon amie m'a dit que l'entretien était réalisé par une personne très gentille. Je ne vois pas pourquoi il en serait différemment en ce qui me concerne. Sauf si ce n'est pas la femme dont elle m'a parlé. Cette jeune femme brune et souriante. La femme qui m'ouvre la porte en s'excusant de son retard est souriante. Par contre elle est blonde et on ne peut plus vraiment la qualifier de jeune. Positivons, elle est souriante !
L'entretien de motivation 2/2
Avant même de commencer l'entretien, elle me demande mon dossier et m'installe dans un confortable canapé devant un poste de télévision où l'on me diffuse un reportage, en anglais, sur la vie des jeunes filles au-pair, de leur arrivée aux USA à leur vie dans les familles d'accueil. On les voit visiter la Statue de la Liberté, et arriver dans des familles plus gentilles les unes que les autres. Cette vidéo dure environ 30 minutes. Je veux décidément vivre ça !
A la fin, on m'invite à m'installer sur une chaise face à un bureau. La gentille femme pas brune mais souriante s'assoit face à moi. Bon, c'est partit ! Au début c'est tout gentil. On me repose certaines questions banales de mon dossier et on me demande les différents justificatifs que j'avais à fournir. Jusqu'ici tout va bien. Elle passe ensuite en revue ma motivation. Aie, premier piège, elle me donne une des feuilles du dossier de candidature, mais vierge de toute réponse, en me demandant d'y répondre une nouvelle fois. Uhm, quelle était ma motivation pour partir déjà ? Et dans quel ordre ai-je mis ça ? Je n'ai jamais été aussi heureuse d'avoir eu la nausée de ma vie. Heureusement que j'ai potassé mon dossier dans la voiture.
Tout d'un coup, tout s'accélère et l'entretien passe en anglais. Sur le coup ça fait tout drôle parce qu'on ne voit rien venir. Mais bon après tout, jouons le jeu. Je réponds donc avec mon meilleur anglais en espérant ne pas faire trop d'erreur. Elle passe maintenant à mon expérience avec les enfants. Elle regarde les photos que j'ai du fournir. Va-t-elle remarquer que je suis habillée de la même façon pour la plupart des photos (vu qu'elles ont été prises le même jour pour les deux familles pour lesquelles j'ai travaillé) ? Apparemment non. Et paf, on repasse en français. La question qui tue : pourquoi les USA et pas l'Angleterre. Aie, ça fait mal une telle question. Vite vite vite, il ne faut pas laisser de blanc, il faut vite répondre. J'improvise totalement et je réponds que je connais déjà l'Angleterre vu que j'y ai de la famille. Ma réponse semble la satisfaire. J'ai à peine le temps d'être contente de moi, qu'une seconde question arrive. « Vous êtes consciente que vous n'allez pas voir votre famille et vos amis pendant une année complète ? » Là j'ai une réponse toute faite « Evidemment que j'en suis consciente, c'est l'effet recherché ! » mais je ne pense vraiment pas que se soit le genre de réponse quelle elle attend. Je réponds donc d'un banal « Oui j'en suis consciente, ça va être difficile, mais je tiendrais le coup. » Moi, 2 points.
On repasse en anglais pour d'autres questions piège puis j'ai droit à un monologue en français sur la vie des filles au-pair aux USA. Là je me demande si elle a été au-pair et que ça s'est mal passé et qu'elle cherche à m'en dégoûter d'office ou si elle cherche à tester ma motivation. Elle n'a vraiment pas l'air d'aimer les américains. Oula non alors ! Selon elle, ils sont superficiels, ils ne s'intéressent qu'au dollar, à la politique, au pétrole, à la religion et aux enfants. Et elle me conseille de ne parler ni de la guerre du Vietnam, ni des indiens. C'est marrant, ça sent le vécu on dirait.
J'ai l'impression que la fin de l'entretien approche, elle est en train de ranger tous les documents que j'ai pu lui fournir dans une enveloppe. Elle me parle ensuite d'un dossier médical que je devrais rendre si ma candidature est acceptée et commence à me parler des frais de dossier. Attendez une minute, après 2 heures d'entretien, elle ne sait pas encore si je suis acceptée ou pas ? Elle me parle d'une assurance médicale que la famille payera pour moi et du dépôt d'une garantie de 400 dollars que je récupérerais à la fin de mon année si tout s'est bien passé.
J'en suis presque arrivée à penser que tout s'est bien passé et que je vais pouvoir aller rejoindre mon père qui m'attend pour repartir quand elle me dirige vers un petit bureau à part. Elle me parle d'un test psychologique à l'américaine que l'agence est « malheureusement obligée de me faire remplir, mais qui n'a aucune influence sur ma candidature ». Me voici rassurée ...
Le test contient environ 300 affirmations. Je dois simplement dire si j'approuve ou désapprouve l'affirmation. Pas sorcier au premier abord. Mais au fur et à mesure, je me rends compte qu'il s'agit d'un test pernicieux. La même question est posée plusieurs fois de façon différente. Et quelles questions ! Du genre « j'ai peur des serpents. », « J'aime être dans une position de leader. », « Je suis adepte des sports à risque ».
Quand j'ai enfin rempli ce test, la femme qui a dirigé l'entretien me dit que tout est prêt et que mon dossier va maintenant être envoyé au bureau londonien de l'agence et que c'est eux qui prendront la décision finale. Si tout se passe bien, je devrais recevoir une grosse enveloppe bleue dans les quinze jours qui suivent.
03 novembre 2000
15 jours plus tard ....
Environ quinze jours plus tard, je fais le pied de grue devant ma boîte à lettre tous les jours. Et rien. Je me rassure en me disant que la femme de Paris a peut-être été optimiste en estimant l'attente à quinze jours. Au bout de trois semaines, je commence vraiment à me poser des questions. Qu'est ce que j'ai pu faire de mal pendant l'entretien pour être refusée ? Je prends mon courage à deux mains et j'appelle Paris. On me dit que mon dossier n'est plus de leur ressort et on me donne un numéro de téléphone à Londres. Chouette, la facture de téléphone de mes parents n'était pas encore assez élevée. J'appelle Londres et là c'est la déconfiture. Ils n'ont jamais entendu parler de mon dossier, je n'ai même pas de numéro de membre. Evidemment, je ne le suis pas encore officiellement, puisque je ne sais toujours pas si j'ai été acceptée dans le programme. Je rappelle Paris et je leur demande le plus poliment possible, ce qu'ils ont fait de mon dossier. La personne que j'ai au bout du fil m'assure qu'il a été envoyé. Je rappelle donc Londres (je me demande si l'agence n'est pas actionnaire chez France Telecom sur le coup) et là, joie intense, ils ont retrouvé mon dossier.
Comme par hasard, je reçois un courrier en express le lendemain. Je suis acceptée !!! On m'envoie un guide pour me préparer au départ et surtout pour que je soit prête à répondre aux appels des familles américaines qui pourraient me sélectionner.
08 novembre 2000
L'attente des appels des familles
La femme qui m'a fait passer mon entretien à Paris m'avait prévenue. Une fois que l'on reçoit l'enveloppe bleue confirmant notre acceptation dans le programme, il faut se préparer à recevoir des appels des familles américaines puisque notre dossier leur est immédiatement transmis. On nous conseille de mettre un dictionnaire à portée du téléphone et de préparer nos questions. Il faut que l'on montre notre intérêt, à tout prix.
Je me surprends à sursauter quand le téléphone sonne. J'ai prévenu ma famille et c'est donc moi qui réponds systématiquement au téléphone dès qu'il sonne vu que je suis la seule à parler anglais. Je sors le moins possible pour ne pas rater d'appel.
Au bout d'une semaine, rien. Je commence à sortir un peu plus. Et mes parents commencent à répondre à nouveau au téléphone. Un soir, pendant le repas, le téléphone sonne, je réponds, le cœur battant la chamade. Ca y est pour de bon cette fois, on me parle anglais. Moi qui aie horreur de parler anglais devant tout le monde, je suis obligée de le faire en plein repas. Bon, ok, il s'agit de mes parents et de mon frère. D'ailleurs, ils se marrent. C'est agaçant à la fin, j'ai déjà un peu de mal à comprendre ce qu'on me dit, mais alors si en plus on me distrait .
09 novembre 2000
Premier appel !!!!
Cette famille vit dans le Michigan et ils ont deux enfants. Un garçon de 6 ans et une petite fille de 2 ans. Ils me demandent si je sais bien conduire, si j'ai déjà conduit dans la neige, si je suis assez sûre de moi pour conduire sur les autoroutes . Apparemment, ils s'intéressent plus à ma conduite qu'à ma capacité à m'occuper de leurs enfants. La mère de famille me demande ensuite si elle peut me rappeler le lendemain en soirée, c'est à dire vers minuit en France avec le décalage horaire. Elle me dit qu'il faudrait que son mari puisse me parler et que c'est le seul horaire possible. Je lui dis que ça me va et elle raccroche.
En retournant m'asseoir pour manger, j'ai les mains qui tremblent de partout. Mes parents et mon frère me posent plein de questions. J'ai du mal à répondre, j'ai pu prendre quelques notes mais il ne s'agit que de l'essentiel. Je n'ai même pas pu poser les questions que j'avais préparées. Mais de toute façon, ils me rappellent demain soir. Je pourrais me rattraper. Je réalise en fait que je suis dans la dernière ligne droite avant mon départ et c'est assez effrayant en soit. Soudain je me demande si j'ai pris la bonne décision. De toute façon, de tels doutes sont inévitables avant un départ pour une destination si lointaine et pour une telle durée. Je me rassure en me disant que de toute façon c'est ça ou rien. Et rien, ce n'est pas ce que je recherche.
Je passe la journée du lendemain à préparer de nouvelles questions, pour les poser cette fois-ci ! Je regarde sur une carte où se trouve Ann Harbor, la ville où vit cette famille, c'est tout près de Detroit. Oula, attendez une minute, il fait froid là-haut ! Je regarde par curiosité quelle température il peut bien y faire en ce moment. Ce que je trouve ne m'encourage guère plus. Dans mon dossier de candidature, j'ai précisé que je préférais m'occuper d'un seul enfant à la fois. Et là, une famille avec deux enfants m'appelle. On se demande à quoi servait cette précision en fait . Le Michigan . franchement, à quoi sert de quitter les Ardennes pendant une année si c'est pour se retrouver dans le Michigan ? Où est le dépaysement que je cherche tant ?
Malheureusement pour la famille, ma décision n'est pas vraiment favorable. Je leur laisse tout de même une dernière chance en attendant qu'ils me rappellent ce soi, à minuit . Encore un point en moins pour eux :p
Je me suis mise devant la télévision et j'ai mis un torchon sous le téléphone pour que la sonnerie ne résonne pas trop à minuit et qu'elle ne réveille pas toute la maison et les voisins en prime. Mon dictionnaire est près, ma liste de questions est près de moi et une feuille blanche et un stylo sont là pour que je puisse prendre en note le plus de renseignements possible.
Un peu après minuit, alors que je suis déjà sur les nerfs depuis une bonne demi-heure, le téléphone sonne enfin. A l'autre bout c'est le père de famille qui me parle. Il s'excuse de devoir m'appeler si tard et me remercie d'avoir accepté de répondre en veillant. Ok, un point positif pour lui. Il me présente sa famille comme l'avait fait sa femme. D'ailleurs sa femme est également au téléphone, elle doit être sur un autre poste ou alors ils ont mis le système de main libre parce qu'ils me parlent tous les deux.
Ma mission, si je l'accepte, sera donc de m'occuper toute la journée de la petite fille tout en conduisant et en allant chercher le petit garçon à l'école et à ses activités. Là encore on me demande d'être très précise en décrivant ma façon de conduire . Je n'ai pas mon permis depuis un an . C'est inscrit dans mon dossier. Je peux comprendre qu'ils soient inquiets à ce niveau mais dans ce cas pourquoi ne pas avoir choisi une autre au-pair ? Me poser je ne sais combien de questions ne changera pas ma façon de conduire .
En tout cas, mis à part ce détail, ils ont l'air très gentils. Le père continue son interrogatoire. Il me demandera même ce que je pense du fiasco des élections présidentielles (l'appel a été fait au moment du fameux duel Bush/Gore, malheureusement remporté par qui vous savez ...). Là je suis pétrifiée pendant quelques secondes. Que répondre ? Les conseils de la femme de Paris me reviennent : les américains sont francs et directs et ils apprécient ça. Bon, soyons franche et directe. Je lui réponds donc que je trouve ça stupide pour une si grande nation. Il rigole et me dit que j'ai raison.
Je regarde machinalement l'heure et je me rends compte que ça fait une heure que nous sommes en train de parler. Ils ont vraiment, mais vraiment l'air gentils. Mais le Michigan !!!! Il me dit qu'il doit réfléchir avec sa femme et me demande si j'accepterai de devenir leur au-pair si jamais ils me choisissent. Je leur réponds que j'avais bien spécifié que je ne souhaitais m'occuper que d'un seul enfant et que vraiment ça me pose un petit problème. Ils tentent de me rassurer en me disant que leurs enfants sont vraiment sages et qu'ils sont faciles à vivre. Je promets que je vais y réfléchir. Après tout il s'agit de la première famille qui m'appelle. Il y en aura sûrement d'autres. Ils me demandent mon e-mail pour m'envoyer leur réponse ainsi que des photos de leur famille. Le Michigan !!!! Brrrr J'espère vraiment qu'une autre famille va m'appeler !
10 novembre 2000
Deuxième appel !
Le lendemain, nouvel appel. Cette fois-ci c'est une famille qui est nouvelle dans le programme Au-Pair in America. Je serai donc leur première au-pair. Enfin s'ils me choisissent. Elle me parle de sa fille, unique, Olivia. Elle me raconte qu'ils vivent dans une grande maison et que j'aurai pratiquement un petit appartement pour moi, ainsi qu'une voiture. Wow. Enfant unique, petit appartement, voiture : trois points pour eux. Je lui demande où ils vivent. Atlanta ? WOW. Encore des points pour eux ! Là encore on me demande mon mail pour pouvoir m'envoyer des photos. Là je ne parle qu'avec la mère, mais ça a l'air d'être une gentille famille. Enfin, au téléphone en tout cas. La femme me pose également je ne sais combien de questions sur ma conduite. Je lui demande à mon tour s'il est facile de conduire dans Atlanta, s'il est facile de retrouver son chemin par exemple. Je lui demande également si sa fille a des activités particulières. Nous parlons encore pendant plusieurs minutes et elle me promet de m'envoyer un e-mail avec des photos. Elle m'annonce tout de même que je suis la troisième potentielle fille au-pair qu'ils ont appelé. Nous ne sommes que trois mais ils doivent faire leur choix cette semaine. Oh Oh.
Franchement, entre le Michigan et Atlanta ? Bien sûr je n'ai pas le droit de refuser une famille pour une question de géographie. Mais franchement ! La neige et le soleil ? Atlanta !! Tel est mon choix.




